Khartoum toujours au ralenti au 3ème jour de désobéissance civile



Commerces et entreprises sont restés fermés mardi à Khartoum au troisième jour d'un mouvement de désobéissance civile lancé par la contestation, qui entend maintenir la pression sur le Conseil militaire de transition malgré la répression pour obtenir un transfert du pouvoir aux civils.
Une semaine après la dispersion sanglante d'un sit-in de manifestants devant le QG de l'armée dans la capitale, le pays a été presque totalement coupé du monde lundi, avant le rétablissement dans la nuit des lignes de connexion internet de Sudatel, le principal fournisseur d'accès au Soudan.
En réaction au lancement du mouvement de désobéissance civile, l'armée avait promis dimanche un "renforcement de la sécurité", en accusant la contestation des "récents et malheureux incidents" et de "l'obstruction des routes".
Mardi matin, des autobus des transports publics étaient visibles avec des passagers à bord dans certains secteurs de la capitale mais les principaux quartiers d'affaires de Khartoum étaient fermés et la circulation réduite, selon un correspondant de l'AFP.
"Durant les trois derniers jours, nous avons perdu beaucoup d'argent", a déploré Ibrahim Omar, qui travaille pour un tour-opérateur. Les agences de voyage ont été particulièrement touchées à cause des coupures d'internet lundi.
"Nous ne pouvons rien faire, nous n'avons aucune réservation de vol. J'espère que cela va s'arrêter", a-t-il ajouté.
Au sein de la contestation, qui était parvenue à paralyser en partie le pays en décrétant une grève générale de deux jours fin mai, certains se sont félicités d'une réussite de la désobéissance civile.
"Cela montre clairement ce que nous pouvons faire, et de manière pacifique", a estimé Ishraga Mohamed, un sympathisant.
"Une telle action ne cause pas mort d'homme et en même temps elle maintient la pression sur le Conseil militaire", a-t-il expliqué à l'AFP, promettant que cette action allait se poursuivre.
Née en décembre d'une colère contre le triplement du prix du pain, la contestation a rapidement pris une tournure politique.
Après la destitution du président Omar el-Béchir par les militaires le 11 avril, les milliers de protestataires rassemblés devant le siège de l'armée ont refusé de lever le camp, réclamant un transfert immédiat du pouvoir aux civils.
A la suite de l'échec des négociations entre les manifestants et le Conseil militaire, ce sit-in a été dispersé dans le sang le 3 juin, et les leaders de la contestation ont appelé à un mouvement de désobéissance civile à partir de dimanche.
La répression a fait depuis le 3 juin 118 morts et plus de 500 blessés, la majorité lors de la dispersion du sit-in, d'après un comité de médecins. Les autorités estiment à 61 le nombre de morts, dont 49 par des "tirs à balles réelles" à Khartoum.
La contestation a affirmé que la désobéissance civile se poursuivrait jusqu'à l'instauration d'un pouvoir civil.
Emissaire américain pour inciter au dialogue entre militaires et contestataires

Le secrétaire d'Etat américain adjoint chargé de l'Afrique Tibor Nagy doit se rendre dans les prochains jours au Soudan pour appeler l'armée au pouvoir et les représentants de la contestation à la "reprise" du dialogue, au moment où un chef rebelle soudanais affirme avoir été expulsé au Soudan du Sud.
Au 2e jour d'un mouvement de désobéissance civile lancé par la contestation qui entend maintenir la pression sur les généraux au pouvoir à Khartoum malgré un durcissement de la répression, le département d'Etat a précisé lundi que l'émissaire "appellera à la fin des attaques contre les civils".
Les Etats-Unis ont condamné la semaine dernière les attaques contre les manifestants qui réclament le transfert aux civils du pouvoir après la chute du président Omar el-Béchir le 11 avril, remplacé par une junte militaire.
Une semaine après la dispersion sanglante d'un sit-in installé par les manifestants le 6 avril devant le QG de l'armée dans la capitale et au lendemain d'une mise en garde de l'armée, le pays a été "presque totalement" coupé du monde, selon le groupe de défense des droits numériques NetBlocks. "Les connexions internet qui fonctionnent encore sont en train d'être coupées", avait indiqué dans l'après-midi NetBlocks, alors que la contestation utilise Internet pour relayer ses mots d'ordre.
Les lignes de connection internet de Sudatel, principal fournisseur d'accès au Soudan, ont finalement été rétablies en fin de soirée.
Dans un communiqué diffusé par l'agence de presse officielle Suna, le Conseil militaire de transition a annoncé lundi soir l'arrestation au sein des forces régulières de plusieurs personnes en lien avec cette dispersion sanglante. Il n'a précisé ni leur nombre, ni leur fonction, ni de quoi elles sont soupçonnées.
Par ailleurs, des médias officiels ont annoncé la "libération" du dirigeant rebelle Yasser Arman, chef-adjoint du Mouvement populaire de libération du Soudan (SPLM-N), et de deux de ses camarades, Ismaïl Jalab et Moubarak Ardoul, interpellés en pleine répression de la contestation la semaine passée.


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