Le nouveau partenariat euro-marocain placé sous le signe de la prospérité partagée



Les relations entre le Maroc et l'Union européenne (UE) sont désormais placées sous le signe d'un partenariat euro-marocain pour une prospérité partagée qui implique un changement de paradigme fondé sur l'égalité, a affirmé le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Nasser Bourita dans une interview publiée, mercredi, sur le site d'information européen « Euractiv ».
Dans cet entretien, le chef de la diplomatie marocaine est revenu sur les enjeux de ce partenariat lancé à l'occasion de la 14ème session du Conseil d'association Maroc-UE, le 27 juin dernier à Bruxelles, sanctionnée par une Déclaration politique conjointe qui constitue, a-t-il dit, « un véritable jalon » pour une relation Maroc-UE renouvelée.
«La déclaration a jeté les bases d'une relation renouvelée. Nous avons convenu de renforcer une nouvelle dynamique dans notre relation déjà stratégique, multidimensionnelle et privilégiée», a indiqué le ministre, précisant que le texte insiste sur « l’importance de la mise en place d’un partenariat d'égal à égal au service des intérêts mutuels».
«Si nous pouvions l'étendre, en inspirer d'autres et même renforcer la coopération régionale et euro-africaine, ce serait dans l'intérêt de tous», a ajouté Nasser Bourita.
Il a réaffirmé à cet égard que « le Maroc ne cherche pas l'exclusivité » dans ses relations avec l'UE mais plutôt « le codéveloppement, la croissance et la complémentarité », assurant que le Royaume mobilise tous les moyens pour y parvenir.
«Compte tenu des relations historiques et de la proximité géographique que nous partageons, il est logique que le Maroc soit une porte d'entrée vers l'Afrique pour ses partenaires européens et internationaux», a-t-il dit.
Dans ce contexte s'inscrit, a-t-il précisé, le retour du Maroc au sein de « notre famille institutionnelle africaine »  et son engagement sur une multitude de questions, «tant au niveau bilatéral que multilatéral, avec nos frères africains».
Il a cité en particulier l’adhésion du Royaume à la nouvelle zone de libre-échange continentale africaine qui offre d'énormes opportunités, « d'abord pour l'Afrique, mais également pour les acteurs internationaux ».
Au sujet de la question du Sahara marocain, le ministre s'est félicité que l'Union européenne «a clarifié ses positions une fois pour toutes » lors du dernier Conseil d'association Maroc-UE.
«C'était un moment historique, car pour la toute première fois, nous avons un langage commun sur la question du Sahara marocain», a relevé Nasser Bourita.
Le ministre faisait référence à la Déclaration politique conjointe adoptée à l'issue du Conseil d’association.
Pour Nasser Bourita, cette déclaration politique conjointe « ne laisse aucune place à de fausses interprétations », d'autant plus que la haute représentante de l'Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Federica Mogherini, estime que « cela donne de l’espoir pour l’avenir ».
Le ministre considère que cette Déclaration constitue un nouveau revers cinglant pour « certaines parties » qui multiplient les tentatives désespérées de remettre en cause le partenariat Maroc-UE.
« Au lieu de nuire au partenariat UE-Maroc, ces attaques l'ont rendu plus fort et plus résiliant que jamais », a-t-il dit, rappelant que plus des 2/3 des députés du Parlement européen ont voté, lors de la dernière législature, en faveur des accords UE-Maroc sur l'agriculture et la pêche.
S'agissant du volet migratoire, Nasser Bourita a fait remarquer que la migration n’est pas une question indépendante, mais fait partie d’un partenariat mondial, en se référant au message de SM le Roi Mohammed VI à la Conférence de Marrakech qui a adopté le Pacte mondial sur les migrations.
Interrogé sur le rejet du Maroc du concept des centres d’accueil des migrants financés par l'UE, il a expliqué qu'il s'agit d'une méthode «inefficace» voire « contre-productive » qui n'endiguera pas les flux migratoires et augmentera les risques de trafic d'êtres humains, d'autant plus que ce n'est pas une solution à long terme.
Dans cette optique, a-t-il plaidé, un partenariat entre le Maroc et l’UE sur la question migratoire doit tenir compte de trois hypothèses: «La gestion des migrations est une responsabilité partagée»; «La migration peut être un puissant outil de développement»; «La coopération en matière de migration ne peut être considérée exclusivement en termes de sécurité».
Dans la pratique, la coopération avec l'UE en matière de migration doit avoir une dimension humaine qui favorise le bien-être des migrants, a-t-il souligné.
«Il s’agit d’un processus à double sens qui établit des droits et des obligations pour les migrants et les communautés d’accueil. Cela doit déboucher sur un nouveau concept de mobilité, qui s'inscrit dans la relance des relations entre le Maroc et l'UE», a-t-il expliqué.
Dans ce sens, a-t-il ajouté, l’Observatoire africain des migrations, créé à l’initiative de S.M le Roi Mohammed VI, peut faire l’objet d’une étroite collaboration avec l’UE en matière de renforcement des capacités de collecte de données relatives aux migrations.  «Nous visons une approche qualitative, pas quantitative», a-t-il insisté, relevant que l'augmentation de l'aide financière au Maroc pour juguler les flux migratoires doit être considérée dans son contexte, celui de l'accroissement des pressions migratoires sur la Méditerranée occidentale.
«Le Maroc ne perçoit pas cette augmentation comme une récompense, mais comme un ajustement proportionnel à la pression qu'il subit», a-t-il expliqué.
S'agissant de la relance des négociations pour un Accord de libre-échange complet et approfondi (ALECA) avec l’UE, Nasser Bourita a souligné la nécessité pour les deux parties de convenir de ce qu'ils souhaitent obtenir grâce à «cette nouvelle forme» de partenariat commercial et des secteurs auxquels leur coopération économique devrait être étendue.
Outre l'évaluation du cadre actuel de libre-échange au cours des 20 dernières années, il faut tenir compte, selon lui, de l'évolution des stratégies économiques du Maroc et de l'UE sur cette période.
L'UE a signé plusieurs accords de libre-échange avec des pays asiatiques qui ont eu un impact sur l’avantage comparatif du Maroc, tandis que le Maroc a développé des stratégies industrielles et a récemment rejoint la zone de libre-échange continentale africaine, a-t-il noté, estimant que tous ces paramètres doivent être pris en compte lors de l’élaboration des lignes directrices de ce futur espace de coopération économique.
Pour ce qui est de la participation du Maroc à des programmes et agences de l'UE, Nasser Bourita a indiqué que celle-ci découle naturellement des priorités communes convenues lors de la préparation du Conseil d'association Maroc-UE.
S’agissant des perspectives de coopération entre le Maroc et l'UE, Nasser Bourita a relevé qu'«une relation aussi ancienne et aussi riche que le partenariat Maroc-UE doit être continuellement ambitieuse et constamment créative», notant qu'en conséquence, la politique européenne de voisinage « ne devrait pas être le plafond de nos ambitions communes».
« La relation Maroc-UE a toujours été basée sur une évolution continue et sur un cadre institutionnel fort », a-t-il souligné, affirmant que « ne pas évoluer ne serait pas un arrêt, mais un pas en arrière », partant de la conviction que la relation entre le Maroc et l'UE doit être réinventée car les deux partenaires ont évolué à plusieurs niveaux.
« Maintenant que nous célébrons 50 ans de relations riches et fructueuses, il est temps que notre partenariat aille plus loin », a-t-il soutenu.


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